
F.Fillon vient de signer
l'annulation de la taxe carbone. Pour
beaucoup qui croient à la fiscalité verte, c'est une provocation. C'est surtout un moyen de renouer avec un électorat traditionnel, ce qui a déjà été fait par N.Sarkozy au salon de l'agriculture
(Nouveaux délais pour les mesures du Grenelle, applicables dans l'agriculture, sur les pesticides...).
Comme je l'avais écrit, je ne soutiens pas la taxe carbone qui avait été prévue : trop injuste (les plus gros pollueurs ne l'auraient pas payé et l'électricité n'était pas taxée), trop faible et
donc inefficace pour modifier les comportements. J
e souhaitais donc un autre texte, qui créait une fiscalité verte juste et efficace. Cela passe selon moi davantage par un système de
bonus-malus, du type automobile, mais étendu à un ensemble de produits : matériaux de construction, chaudières, élecroménager,... Ce mécanisme a l'avantage de ne pas freiner l'avancée des
consciences environnementales. En effet, la taxe carbone a suscité un rejet de l'écologie car elle apparaissait alors comme un prétexte à la création d'un nouvel impôt ; alors que le système
bonus-malus dans l'automobile a réellement eu un impact sur les comportements des consommateurs, un effet incitatif et a permis un début de prise de conscience des enjeux environnementaux.
Le Gouvernement aujourd'hui parle de
perte de compétitivité subie par notre industrie face aux concurrents européens et étrangers qui ne subissent pas cette taxe. Il y a une concurrence
déloyale. C'est une idée simple, avérée à court terme (vous savez 2012 c'est demain) mais assez peu défendable à long terme :
- Les pays, dont l'industrie s'adaptera aux défis environnementaux avant les autres, auront
demain des marges de compétitivité très importantes face
aux pays et entreprises étrangères. L'Allemagne qui a de l'avance actuellement dans les énergies renouvelables (Siemens notamment), doit cet avantage aux efforts publics en faveur de l'éolien et
du solaire dans les années 1990 et surtout 2000 ;
- On peut éviter la concurrence déloyale de partenaires européens en leur demandant de
créer au niveau européen cette fiscalité. Mais comment inciter
nos partenaires européens à engager cette révolution fiscale si nous ne la testons pas d'abord ? Il faut être précurseurs, avec d'autres (Suède, Danemark...) qui l'ont déjà fait ;
- Il n'y a pas de perte de compétitivité même à court terme si nous sommes capable de
baisser la pression fiscale par ailleurs, ce qui n'est pas
possible actuellement étant donné l'incapacité du Gouvernement à équilibrer le budget ou au moins à réduire les déficits. Là encore
les dépenses choisies en 2007 ont été coûteuses et
inefficaces ;
- Il faut
taxer aux frontières les produits étrangers qui ne respectent pas des normes environnementales aussi sévères que celles que nos entreprises doivent
respecter. Je suis libre-échangiste :
je crois aux vertues du libre-échange et du commerce international mais je suis aussi pragmatique. Des
formes de protectionnisme très
ciblées m'appararaissent acceptables, au moins temporairement. On ne peut accepter dans nos magasins des produits (certes) moins chers parce que réalisés dans des conditions moins
contraignantes et en même temps dire à nos entreprises qu'elles doivent faire des efforts importants et les laisser se confronter à une concurrence qui n'a pas les mêmes contraintes. Il faut
demander une contrepartie à ces dernières. Problème : les accords conclus dans le cadre de l'OMC nous l'interdisent. Il faut que l'Europe dans sa totalité négocie fermement pour appliquer ces
mesures ou inciter les autres continents à agir aussi, c'est peut-être un moyen de relancer le sommet de Copenhague. Ni la Chine, ni les USA ne peuvent se passer des consommateurs européens, le
marché le plus vaste du monde, on l'oublie souvent.
Pour conclure, je comprends le recul du Gouvernement qui répond ainsi à une urgence politique. Cependant, il ne faut pas oublier que pour les hommes politiques, l'urgence sera environnementale
dans quelques années. Les catastrophes liées aux activités humaines polluantes nous rappelleront bientôt que nous aurons eu tort de ne pas agir :
écologie et démocratie sont liées. C'est
aux hommes politiques d'agir pour l'environnement, sinon
les dérèglements environnementaux seront à l'origine de
catastrophes politiques futures. Les extrémismes savent exploiter ces situations pour justifier leurs relents despotiques.
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